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Philosophies du Numérique

Les idées qui gravitent autour des usages du numérique.

Qu’est-ce que le libre ?

Le libre a le vent en poupe ces derniers temps. Ce qui n’est pas pour nous déplaire.

Mais qu’est-ce que le libre exactement ?

 

Une idée fausse assez répandue veut que le libre, c’est bien. Cependant, le bien est une notion héritée de la religion, et de la philosophie, issue des systèmes de pensée que sont la morale et l’éthique. Ce n’est pas le cadre de l’idée de ‘libre’.

 

En réalité, on devrait parler d’un logiciel sous licence libre. En effet, le libre est avant tout une notion juridique, et plus particulièrement de droit américain. Aux États-Unis, il est possible de restreindre les usages d’un produit commercial en lui assignant une licence. Un non-respect de la licence permet alors au vendeur d’attaquer en justice un client qui ne respecte pas ladite licence.

 

C’est dans ce cadre là que la notion de libre est inscrite : elle n’est donc pas liée directement à la notion de bien. Pour prendre un exemple caricatural, il est possible de mettre un logiciel de rançon sous licence libre.

 


La licence libre est définie par quatre libertés fondamentales que l’utilisateur doit respecter. Vous trouverez leur approfondissement sur le site officiel de la licence, mais nous pouvons les indiquer ici :

 

 


La possibilité d’avoir accès au code source a pour intérêt de pouvoir vérifier ce que le programme fait une fois installé. On parle généralement de logiciels ‘propriétaires’ lorsque l’accès au code source n’est pas possible. Ces logiciels sont de véritables boîtes noires. Si le programmeur a ajouté un algorithme qui récupère des données sur l’utilisateur à son insu, il devient très difficile de le savoir. L’accès au code source permet au contraire de vérifier ligne par ligne comment le programme se comporte et de débusquer d’éventuels abus. Cependant, il ne faut pas se fier aveuglément à cette propriété, car vérifier le code est une tâche fastidieuse qui n’est pas nécessairement effectuée pour chaque programme.

 

La liberté d’étudier le code suit directement la notion de code ouvert. Pour les informaticiens qui ont créé la licence libre, il est important de comprendre les enjeux du numérique pour pouvoir se prémunir des abus qu’ils permettent. La licence libre a donc une vocation didactique qui doit permettre de faciliter la démocratisation de l’accès aux technologies numériques.

 

Il est également intéressant de constater que beaucoup de gens pensent que le logiciel libre est gratuit. Et en effet, la liberté de pouvoir en redistribuer des copies le rend accessible facilement et sans avoir à payer. Néanmoins, de nombreux projets libres nécessitent des moyens d’entreprise pour pouvoir se maintenir, et engendrent donc des frais. Les dons ont donc une grande importance dans l’économie du libre, et certains projets sont par ailleurs maintenus en partenariat avec d’autres entreprises, par le biais de système d’assistance, ou de mise à disposition de nouvelles technologies.

 

Enfin, même si le libre est grandement associé aux logiciels, il est important de comprendre que c’est une notion que l’on peut étendre aux technologies en général, ce qui le rend pertinent notamment dans le cadre de la création de matériel libre. L’exemple typique est celui des cartes électroniques, dont il peut être souhaitable de démocratiser la construction et l’usage. À titre d’exemple, la Labomedia supporte et contribue à la réalisation d’un système d’échographie libre afin d’en faciliter l’accès dans les pays où la technologie n’est pas accessible à tous.

Pourquoi le code est-il loi ?

Cet article discute d'un point de vue élaboré en 2000 par Lawrence Lessig dans son article The Code Is Law, en français Le Code Est Loi.

Lawrence Lessig est spécialiste en droit constitutionnel américain, et fondateur de l'organisation Creative Commons. Il s'intéresse notamment à la question de la propriété intellectuelle sur Internet.

Le point de départ de la réflexion de Lessig, à une époque où Internet est encore balbutiant, est l'idée que les gouvernements et les entreprises seront de plus en plus présentes dans l'espace Internet, ce qui risque de priver les utilisateurs de certaines libertés.

Lorsqu'un service en ligne est créé et mis à disposition du public, les usages qui en découlent sont contraints par l'architecture, c'est-à-dire le code, du programme informatique du service. Pour prendre un exemple simple, si l'on vous met à disposition un formulaire qui ne vous permet que de renseigner les champs Prénom et Nom, alors il n'est pas possible de renseigner vos deuxième et troisième prénoms, si vous en avez. De manière plus approfondie, le fait d'avoir a indiquer obligatoirement une nationalité dans un formulaire de renseignement peut bloquer les apatrides lors de leurs demandes, les forçant soit à ne pas pouvoir compléter le formulaire, soit à faire une déclaration mensongère.

Le droit juridique a été conçu par les humains de manière à réguler l'espace social. Il s'agit d'une procédure encadrée et démocratique, qui est par ailleurs amendable par un juge, c'est-à-dire un humain, au tribunal. Cette régulation humaine est plus difficile à mettre en place lors de la programmation d'un logiciel. En effet, cette fois-ci, les règles sont édictées a priori par le concepteur du logiciel, et lorsque celui-ci est mis-en-place, il devient non-amendable, sauf à changer la structure du code avant de mettre à disposition à nouveau le service. Cela bloque l'usager, qui ne peut uniquement faire que ce que le concepteur du programme a souhaité lui laisser faire.

Le problème devient plus complexe lors de la conception d'un programme par une entreprise privée. En effet, utiliser le service nécessite d'accepter la manière dont le programme a été conçu. Dans le cas des réseaux sociaux, il est dit de manière implicite que si l'utilisateur utilise le service, alors, par exemple, l'entreprise qui le propose peut récupérer ses données personnelles pour en faire commerce. Il est d'ailleurs souvent difficile de le savoir, et d'en connaître les enjeux stricts. Par ailleurs, l'architecture du programme est alors décidée de manière unilatérale par l'entreprise, et non construite de manière démocratique par les usagers.

Pour résumer, ce qu'il est permis à l'usager de faire sur le numérique est dicté par le programme lui-même. Un internet démocratique demanderai donc que l'usager soit à l'origine de la construction du programme afin de garantir sa liberté.

Qu'est-ce que la neutralité du net ?

La neutralité du net est le concept de laisser les informations sur internet circuler librement.

Elle interdit par exemple, sauf décision de justice, à votre fournisseur d'accès internet de bloquer l'accès à un site internet, ou de vous le facturer.

Un des enjeux est de lutter contre la censure, et de diminuer les inégalités sociales en proposant à chacun d'avoir accès au même contenu via la navigation web.

Dans cette optique, le ciblage personnel des utilisateurs par les moteurs de recherche peut s'avérer contraire au principe de neutralité, le contenu personnalisé favorisant par exemple le biais de confirmation.

C'est dans ce cadre que le moteur de recherche Google a décidé de référencer les résultats de recherche selon l'argent qu'ils ont reçu de la part de l'hébergeur du site internet. Nous sommes dans ce cas-là non pas dans une hiérarchisation en fonction du contenu du site, mais en fonction du capital économique du site internet, qui peut-être vu comme une forme de classement objectif, si nous supposons que le contenu idéologique du site est totalement décorrélé de son capital.

La neutralité du net n'est pas garantie uniquement par l'architecture technique d'internet. Elle est également dépendante des usages de l'utilisateur. Par exemple, comparer les résultats de différents moteurs de recherche pour une même recherche est une pratique qui tend vers la neutralité.